Ne pas se faire de souci, fais comme si…

Extrait de l4evangile de Thomas de Jean Yves Leloup

Jésus disait : Ne vous souciez pas le matin du soir, ni le soir du matin, de quoi vous serez vêtu. 

C’est là un leitmotiv qui revient sans cesse dans les Évangiles : ne pas se faire de souci à propos de la nourriture, du vêtement ou encore « de ce que nous dirons lorsque nous serons conduits devant les juges ». Il faut chercher d’abord le Royaume, le Règne de l’Esprit en nous, et alors, dans sa clarté, tout est donné par surcroît. Le « souci », généralement, est lié à la peur, signe d’un manque de sécurité ou de paix intérieure. Se faire trop de souci, même pour des causes nobles, est aussi symptôme d’orgueil ; on se prend trop au sérieux ; on se prend pour la cause première de tout ce qui peut nous arriver, alors que « c’est Lui qui agit », « en Lui, nous avons la Vie, le Mouvement et l’Être ». On se souvient de ce fioretti du pape Jean XXIII, un soir où il se faisait du souci pour l’Église, sans doute y avait-il de quoi ! Alors le Christ lui apparaît et lui dit : « Jean, est-ce toi le chef de l’Église ou est-ce Moi… Qui conduit la barque… ? Alors agis le mieux possible et ne te fais pas de souci. » Ne pas se faire de souci, ce n’est pas de l’indifférence ou une attitude irresponsable. Il faut faire tout ce qui est en notre pouvoir et le mieux possible, mais le résultat de nos actions ne dépend pas de nous, comme le dit aussi la Bhagavad Gita : « Tu as droit à l’action, mais non aux fruits de l’acte. » Ou encore Ignace de Loyola qui résume bien l’attitude juste : « En toutes choses, agis comme si tout dépendait de toi seul, et en toutes choses, agis comme si le résultat de tout ce que tu fais dépendait de Dieu seul. » Ne pas se faire de souci, c’est également vivre dans le Présent. « Ne vous souciez pas le matin du soir, et le soir du matin », « À chaque jour suffit sa peine », « Pouvez-vous, par votre souci, ajouter une seule coudée à la longueur de votre vie ? » C’est le propre de l’amour que de vivre dans le Présent. Si on dit : « J’aime ou j’aimerai », cela veut dire qu’on n’aime pas. Vivre dans le Présent, instant après instant, nous dévoile le secret de la Présence. Cela demande une grande force d’attention et une grande qualité d’âme, mais c’est aussi une grande source de bonheur. Notre énergie n’est plus dispersée dans l’hier ou le demain. On peut alors vivre intensément avec ce qui est « devant notre visage ». Alors nous ne faisons plus qu’Un avec la spontanéité de la vie qui passe d’une forme à l’autre, d’un vêtement à un autre, sans perdre notre identité. Ne pas se soucier de quoi nous serons vêtus, c’est ne pas se soucier de la forme que prendra la vie en nous. Notre ascèse, c’est d’être fidèles et justes dans l’instant.

 

 

 

” Vous agissez comme si vous jouiez un rôle dans le théâtre de la vie. Vous prenez des décisions quand vous devez les prendre, comme si vous aviez le pouvoir de les prendre, avec la plus ferme conviction que la Conscience a déjà pris ces décisions et assumé toutes leurs conséquences. De cette manière, “l’homme de compréhension ” n’évite pas de prendre des décisions si prendre des décisions est ce qu’il est censé faire pour jouer le rôle que la Conscience lui a assigné. Il arrête ainsi sa décision avec diligence, en pesant toutes les alternatives, tout en sachant que c’est la Conscience (ou Dieu) qui est le seul et véritable élément fonctionnel. Il n’éprouve aucun sentiment d’orgueil (si l’action réussit) ne de sentiment d’échec ou de culpabilité (si l’action échoue). En d’autres termes, il vit dans le présent : il ne vit pas pour ce qui est toujours hors d’atteinte ; il ne vit pas dans l’esclavage de l’anxiété pour sa survie future, car il est convaincu que l’avenir n’est pas entre ses mains. “

Ramesh S. Balsekar
Tout est conscience

 

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